Mon ami, monte plus haut...

Publié le par Eric George

Prédication du 15 janvier 2012

Luc XIV, 1 à 6

Cela sentait bon chez Samuel, ce jour-là : un délice de viandes grillées et d’épices. C’était un belle journée et le repas s’annonçait bien. Il faut dire que Samuel avait fait les choses en grand, il avait invité bien sûr les autres pharisiens, ceux de son parti, mais aussi toute les personnalités importantes du village, les plus riches, les plus influents. Je crois qu’il voulait vraiment impressionner ce rabbi venu de Nazareth, ce Jésus…

Enfin, moi, les histoires de religion, c’est pas trop mon truc, vous savez. J’étais plus intéressé par ces chevreaux qui rôtissaient, par ces tables recouvertes de gâteaux au miel, par ces gens importants qui défilaient…

Vous  demandez sans doute ce que je venais faire là-dedans. Eh bien c’est Nathan qui m’avait fait inviter. Nathan et moi, depuis l’enfance, on est inséparables. Nos maisons étaient côte à côte et d’aussi loin que je me souvienne, on a toujours été amis. Et pourtant, c’est difficile de faire plus différent que nous deux. On vient du même niveau social, on est des enfants d’ouvriers agricoles, on a eu la même éducation et pourtant, je me dis souvent que Nathan et moi, c’est le jour et la nuit… Lui, il a toujours eu le contact facile, il a toujours su être à l’aise avec les gens, briller en société, il n’a jamais eu peur. Alors que moi, quand on me parle, je bredouille, je peine à trouver un truc intelligent à dire… Je voudrais disparaître… Oh, ce n’est pas que je n’aime pas les gens, c’est plutôt que je ne me sens jamais à ma place.

Et bien sûr à ce grand repas chez Samuel c’était comme toujours… Je ne sais pas comment Nathan nous avait dégotté des invitations et j’étais content d’être là, fasciné par tout ce luxe, par tout ce beau monde. J’étais content mais je n’avais qu’une seule peur, c’est de me tourner en ridicule, d’étaler là toute mon ignorance, tout mon malaise. Alors, je m’étais dégotté un petit coin tout au fond de la salle, un endroit où je serais vraiment à ma place : invisible.

Et de là, j’observais. J’observais Jésus qui discutait avec les pharisiens, et j’observais Nathan qui naviguait dans cette foule comme un vieux loup de mer, de sourire en salutation, d’embrassades en discussion il se dirigeait tranquillement vers les premières pace, toujours plus proche de Samuel, et de Jésus. Et je l’admirais, et une fois de plus j’enviais son aisance et son assurance.

Et puis d’un seul coup, Jésus s’est interrompu dans sa discussion avec les pharisiens et il s’est tourné vers les invités…

 

Luc XIV, 7-11

 

Quand j’ai entendu ça, c’est comme si le monde s’effondrait autour de moi. Quelque chose de nouveau s’ouvrait : alors on pouvait être reconnu même quand on était sans importance, on pouvait être vu, même quand on était invisible, on pouvait être entendu même quand on ne savait pas parler. Alors le Royaume de Dieu, ce n’était pas le festin des héros et des saints mais un repas où aucun invité ne reste dans l’ombre, ou le plus petit, el moins important est vu, considéré et aimé…

Et puis j’ai regardé Nathan qui s’était figé. Et j’ai vu qu’il pleurait. Bien sûr, il avait bien compris que Jésus parlait pour lui. Mais en le regardant, j’ai aussi vu du soulagement en lui. Et j’ai découvert chez mon ami quelque chose que je n’avais encore jamais vu… Toute son aisance, toute son assurance, en fait c’était un masque. On était beaucoup plus proche que je ne l’aurai jamais cru…

Lui aussi, il rêvait d’être reconnu pour ce qu’il était, d’être aimé pour lui-même. Lui aussi, il avait peur du regard des autres, et s’il a bien entendu l’avertissement de Jésus, il a reçu aussi sa promesse : « quand tu es à la dernière place, il y a toujours quelqu’un pour te voir, pour te dire « mon ami, monte plus haut », tu n’es plus obligé de toujours jouer des coudes pour t’élever. « Mon ami, monte plus haut ». Cette promesse de Jésus m’a délivré, ce jour là ; mais je crois qu’elle a délivré Nathan, plus encore…

Amen

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