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Publié le par Eric George

Prédication du dimanche 7 novembre 2010

Exode XXV, 10 à 22

Romains III, 21 à 30



Notre lecture de l’Exode nous conduit à présent dans la longue description de la tente de la rencontre, cette préfiguration du Temple. Je ne pense pas que nous nous arrêterons sur tous les éléments qui composent et meublent cette tente.

Mais ce matin, nous allons tout de même nous arrêter sur l’arche, ce coffre appelé, nous dit le texte, à contenir les tables de la loi, ou plutôt nous allons s’arrêter sur son couvercle. En effet, même si nous autres, protestants ne sommes pas très à l’aise avec le mobilier sacré, bien comprendre ce qu’est le couvercle de l’arche est indispensable pour bien comprendre une des affirmations centrales de l’Epître aux Romains.

Ce matin, nous allons voir que Paul compare Jésus au propitiatoire et, en nous penchant sur les fonctions de ce propitiatoire, nous allons comprendre ce que Paul nous dit de Jésus.



« C’est lui que Dieu a destiné à servir d’expiation » : selon les traductions vous trouverez « expiation », « victime propitiatoire », « victime », « sacrifice ». En fait, le mot qui est utilisé par Paul, c’est « ilasthrion ». Ilasthrion, c’est le mot qui dans la Septante, la version grecque de l’ancien testament, et chez les auteurs juifs de l’antiquité, traduit le mot hébreux kapporeth, qui ne désigne que le couvercle de l’arche d’alliance et dont la racine veut dire « recouvrir » ou « expier ». C’est pour cela que nos traductions appellent souvent ce couvercle le propitiatoire (ou d’absolutoire).

Si je fais tout ce détour linguistique, c’est pour bien faire comprendre que le juif Paul ne dit pas ici « c’est lui que Dieu a destiné à servir de victime par son sang » ni « c’est lui que Dieu a destiné à servir de sacrifice par son sang» mais « c’est lui que Dieu a destiné à servir de couvercle (ou de couverture) par son sang ». Il y a bien une allusion au sacrifice mais elle n’est pas aussi forte, ni aussi immédiate que les traductions le laissent entendre.

Alors, à quoi sert ce couvercle de l’arche ?



Tout d’abord, il est effectivement le lieu précis où, une fois dans l’année, le grand prêtre répand le sang d’un bouc pour l’expiation du peuple d’Israël. Juste un mot sur ce sacrifice, contrairement aux sacrifice païens qui consistaient à nourrir la divinité, ici, il s’agit plutôt de se couvrir. Le sang qui couvre le couvercle de l’arche couvre en fait le peuple, le protégeant contre la colère de Dieu. En fait, c’est le bouc qui trinque. Le sang répandu du bouc évoque le sang de l’agneau répandu sur les portes des hébreux lors de la sortie d’Egypte. Mais nous reviendrons sur le sacrifice.

Ensuite, et vous me pardonnerez cette lapalissade, le couvercle de l’arche, sert à couvrir l’arche, à y enfermer les tables de la loi ; en fait, à masquer aux regards, la révélation de Dieu à son peuple, peut-être dans un geste de préservation du sacré (je peux même vous renvoyer à la scènes de l’ouverture de l’arche par les nazis, dans Les aventuriers de l’arche perdue, scène dans la quelle Spielberg me semble assez théologiquement correct), mais aussi pour que ces tables de la loi ne soient pas seulement un code extérieur de conduite mais deviennent un code intérieur. L’intérêt n’est pas de regarder vers les tables de pierres pour voir ce que nous devons faire mais de le savoir au fond de nous. Quoiqu’il en soit, le couvercle sert bien à couvrir, à cacher.

Mais ce couvercle qui sert à cacher est très visible, il est d’or pur, orné de deux chérubins, il sert aussi à montrer, à signaler. Il est, nous dit le texte, le lieu ou Dieu vient rencontrer Moïse puis le grand-prêtre. Mais le couvercle n’est pas pour autant une idole. En effet, Dieu ne parle pas du propitiatoire, ni des kerubim, il parle d’au-dessus du couvercle. Nous ne sommes donc pas du tout face à ces statues païennes que la divinité était censée venir habiter.



Eh bien, Paul nous invite à reprendre ces trois fonctions en les appliquant à Jésus, le Christ.



Il est le lieu précis où Dieu vient nous rencontrer. Bien sûr que Dieu est partout, et de tout temps, mais en disant cela, nous disons aussi qu’il n’est nulle part, qu’il n’appartient pas à notre existence puisqu’il est en dehors de l’espace et du temps. Eh bien, en Jésus Christ, Dieu entre dans notre espace et dans notre temps. Jésus Christ est ce lieu où Dieu se révèle à tous. En effet, le propitiatoire n’est plus caché dans le saint des saints, accessible au seul grand prêtre, il est accessible à tous, aux juifs comme aux païens précise, Paul.

Toutefois, tout comme Dieu parle au dessus du propitatoire, le Dieu qui se révèle en Jésus Christ, reste le dieu inconnaissable, bien plus grand que Jésus Christ.



Mais si Dieu se révèle en Jésus Christ, on peut aussi dire qu’il se cache en Jésus Christ. En effet, il est encore moins facile de reconnaître Dieu dans l’enfant de la crèche, dans le vagabond nazaréen ou dans le blasphémateur crucifié qu’à travers l’or et les kerubim du propitiatoire. Ce ne sont pas nos raisonnements humains qui peuvent nous permettre de reconnaître Dieu en Jésus Christ mais la foi seule. Or, la foi, pour Paul, n’est pas une œuvre humaine mais un don que Dieu nous fait.

Il est important que nous nous en rappelions car, nous ne cessons de nous poser plein de question, de douter, de ne pas savoir. Si la foi était une adhésion de notre intelligence, alors ces doutes, ces questions montreraient sa fragilité. Mais la foi ne vient pas de nous, elle nous est donnée et bien sûr notre intelligence humaine résiste de toutes ses forces à cette foi. Mais à vous tous qui êtes là ce matin, avec vos doutes, vos questions, avec votre non savoir et votre manque de foi, j’ai le regret de vous le dire, si vous êtes là ce matin, c’est que votre foi est plus forte que votre intelligence. Plus sérieusement, ne laissez jamais vos doutes ou vos incertitudes vous convaincre que vous n’avez pas la foi. Nos questionnements ne sont pas du même ordre que ce cadeau magnifique que Dieu nous fait.



Et bien sûr, c’est pour notre pardon que Dieu nous rejoint en Jésus Christ. Jésus est notre couverture, notre abri.

Et voilà le moment, où nous ne pouvons esquiver plus longtemps la notion de sacrifice, puisque si Paul compare Jésus au couvercle de l’arche, il nous précise bien que c’est par son sang, que Jésus est propitiatoire. Nous sommes donc bien dans un registre sacrificiel. Et cela n’a rien de surprenant vu la culture juive de Paul.

Or, si je crois que c’est par sa mort que Jésus nous sauve, je ne lis pas cette mort comme un sacrifice offert à Dieu. Mais je crois que nous pouvons garder un aspect de cette dimension sacrificielle, celui de l’offrande.

Dieu nous donne son pardon, mais il ne nous donne pas quelque chose qui ne lui coûte rien. Dieu ne donne pas son pardon comme on se débarrasse de quelque chose qui nous encombre, ou comme on distribue ce dont on n’a que faire. Cette grâce que Dieu nous donne a, pour lui, un prix, et c’est le prix fort.

Quel meilleur moyen de dire l’amour de Dieu, que de te dire, à toi, mon frère, ma sœur, qui m’écoute, que pour toi, pour te rejoindre, pour te délivrer de tes chaînes, pour t’entraîner à la vie, Dieu a payé le prix fort. Pécheur, perdu(e), plein€ de doute et de question, tu es infiniment précieux aux yeux de Dieu. Voilà la grande affirmation de la lettre aux Romains.



Frères et sœurs, en Jésus Christ, Dieu vient à notre rencontre. Il ne s’impose pas à nous mais, tout en laissant libre cours à nos questions, à nos réticences, à nos impossibilités raisonnables, il nous donne de le reconnaître. En Jésus Christ, il nous donne son pardon, un pardon qu’il paye à grand prix. Et ce pardon, c’est notre vie.



Amen

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