THOMAS

Publié le par Jacques Valluis

Prédication de Jacques Valluis du 11 avril 2010

 

Jean 20, v.19 à 31

 

 

Nous avons célébré Pâques  voici une semaine, c’est l’évènement fondateur par excellence, pour nos vies, nos communautés, notre monde et nous avons clamé et clamons encore :

                               CHRIST EST RESSUSCITE, IL EST VRAIMENT RESSUSCITE !


Clé de voûte de notre foi, de notre espérance, de notre engagement spirituel, c’est la proclamation suprême, celle qui nous fait vivre. Celle qui donne sens, relief, consistance et signification à nos vies ici-bas.

Yeshoua le Nazaréen aurait pu n’être qu’un prophète s’inscrivant dans la longue lignée des porte-
 paroles de l’amour et de la colère du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Certes, ses propos sont pleins de sagesse, et même si ses interpellations ne nous laissent pas indemnes, il parle comme Samuel, Elie, Elisée, Amos et tant d’autres.
Il nous ébranle par ses colères contre ceux qui souillent Dieu, son Nom, sa Maison, il nous fait vibrer lorsqu’il pose des actes miraculeux, il nous mobilise par son message puissant qui nous incite à recentrer nos vies  sur la seule dimension qui vaille et qui importe : l’amour de Dieu et du prochain, ce qui implique notre conversion c'est-à-dire de faire une authentique révolution en nous-mêmes.
Tout cela s’inscrit dans le droit fil du discours prophétique qui a jalonné la tumultueuse histoire du peuple élu. Il aurait sa place aux cotés des grands et petits prophètes, et le cours de l’histoire ne serait pas modifié pour autant.
MAIS… et il y a un mais d’importance qui change tout, un évènement formidable qui bouleverse tout, ce tombeau inexplicablement vide, et cette pierre roulée, après la mort infamante sur la croix, le sacrifice réalisé une fois pour toutes pour le rachat de l’humanité, il y a ces apparitions à Marie Madeleine, aux pèlerins d’Emmaüs, aux disciples, à Thomas l’incrédule qui a besoin, comme nous si souvent de preuves tangibles et de concret.
Oui ! Tout a basculé : avec la résurrection, victoire de l’amour sur la mort le Fils de l’Homme a tout accompli. «  Mort où est ta victoire ? Mort où est ton aiguillon ? »
Celui qui proclamait et proclame la primauté de l’amour sur toutes les lois mortifères a été crucifié.
S’est-on débarrassé de lui à tout jamais ?
On l’a cru, on le croit encore chaque fois qu’ici et maintenant on refuse à l’autre le droit de vivre.
Pourtant, il est vivant et bien vivant. Il nous précède toujours, au devant de nous pour nous dire le Chemin, la Vérité, la Vie.

Notre Evangile pour ce jour nous invite à méditer sur deux points cruciaux pour notre vie spirituelle :

-          La résurrection : comment recevons nous, vivons nous, et assumons nous cet évènement clé de voute de notre foi. A cet égard l’expérience de Thomas va nous éclairer.

-          Comment en tant que dépositaires d’un évènement aussi bouleversant en témoignons-nous ? Comment le faisons- nous fructifier ? En d’autres termes comment, ici et maintenant répondons nous à l’envoi : « allez faites de toutes les nations mes disciples ».

 

             I.                    LA RESURRECTION : THOMAS, LUI N’Y CROIT PAS… ET NOUS ?

 

Reprenons le texte de notre Evangile : Nous sommes le dimanche qui suit Pâques.
C’est le dimanche de ceux qui étaient ailleurs le jour de Pâques. Le dimanche de ceux que Pâques ne concerne pas ou plus…bref celui d’un grand nombre de nos contemporains.
Qui d’entre nous, en ce siècle rationnel, en ce temps du soupçon peut dire que le clin d’œil de Thomas le septique lui est tout à fait étranger.
Ce Thomas  nous est sympathique…il nous ressemble tant !
Il n’est guère brillant le groupe des apôtres. Enfermé à clés dans une petite pièce, petite secte apeurée, claquemurée, timorée. Malgré le témoignage des femmes, elle n’est guère reluisante, cette Eglise ! Etonnez- vous  que la tentation du repli sur nous mêmes nous caractérise ! Nous avons vraiment de qui tenir. Mais eux au moins, ils avaient l’excuse de la persécution.
Or ils ont la visite d’un étrange visiteur, qui malgré les portes fermées pénètre dans la pièce et se trouve miraculeusement, mystérieusement au milieu d’eux. Le repliement sur elle-même de la petite communauté n’empêche pas le Seigneur de venir jusqu’à elle. Nos barrières n’arrêtent pas le Maître !
Dans le récit de Jean, Pâques et Pentecôte coïncident.
Le Seigneur qui arrive dans l’atmosphère confinée de la chambre haute apporte avec lui le grand courant d’air de l’Esprit Saint

« Shalom ! La paix soit avec vous, allez, comme le Père m’a envoyé, je vous envoie. »

Cette visite a pour but de les délivrer de leurs craintes, éradiquer leurs peurs pour qu’ils aillent vers les hommes, leurs frères.

Et pourtant, notre incrédulité nous incite à réclamer des preuves irréfutables. Le quatrième évangile aborde ce thème en concentrant toute notre attention sur Thomas l’apôtre.
Absent lors de l’apparition du Christ une semaine auparavant, il refuse de se fier au témoignage des autres disciples. Son attitude ressemble étonnamment à notre scepticisme qui  ne se contente pas de présomptions fussent-elles sérieuses précises et concordantes, mais qui exige des preuves péremptoires.
La pierre a été roulée, le tombeau est vide, le Christ est vivant, il est bien là, présent, Marie Madeleine l’a vu, la communauté réunie l’atteste. Thomas, lui doute encore jusqu’à ce qu’il voie de ses yeux, touche de ses mains et que cette expérience le bouleverse.
En donnant à voir ses plaies aux mains, sa blessure au coté à Thomas l’incrédule, le Christ vivant établit son identité avec le Christ crucifié. En encourageant Thomas à le toucher, il lui confirme sa présence réelle.
Et le Christ de lui dire, «  Ne sois pas incrédule, mais crois !».
C'est-à-dire, je suis ressuscité d’entre les morts, car à Dieu mon Père rien n’est impossible, et à cause de ce signe je suis désormais le Seigneur de ta vie.

Selon le nouveau testament la résurrection n’est pas seulement un fait historique, elle est un jugement de Dieu, atteignant maintenant toute personne humaine.
L’Apôtre Paul l’exprime de manière  saisissante aux Romains :

« Jésus a été livré pour nos offenses, et ressuscité pour notre justification ».

Ce que Dieu a fait en ressuscitant Jésus, il le fait pour nous, pour notre salut.
La résurrection de Jésus exprime donc cette volonté particulière de Dieu qui, après avoir anéanti l’homme pécheur, l’appelle miraculeusement, mystérieusement à une vie nouvelle et ceci, dès maintenant quoique d’une manière encore cachée.
Les apôtres et nous à leur suite ne prouvons pas la résurrection du Christ.
Eux l’on vécue comme témoins oculaires, ils en ont porté le témoignage. Pour eux comme pour nous elle est l’objet et le centre de la foi. Nous ne sommes pas dans le domaine de l’indicible, de l’irreprésentable, la résurrection n’est pas sortie de l’espace et du temps, une sorte de « happy end » après l’échec catastrophique et la mort infâmante sur la croix. Elle est au cœur de nos vies. Sans la résurrection, la prédication de l’Evangile ne sert de rien comme ne cesse de le marteler Paul.

Mettons nous l’espace d’un instant à la place de ces hommes et de ces femmes qui malgré la chaleur et la poussière des chemins de Galilée et de Judée Samarie suivent ce Juste qui leur dit des paroles si fortes sur le sens de la vie et surtout sur l’amour offert par Dieu gratuitement. Ils sont subjugués, galvanisés, Dieu leur a suscité un nouveau Moïse, un nouvel Elie, un libérateur qui va restaurer le trône de David, chasser l’occupant, il parle si bien du Royaume qui est et qui vient.
Alors la montée vers  Jérusalem, l’ânon sur la croupe duquel il prend place, les rameaux, les acclamations, cette foule enthousiaste qui crie à gorge déployée «  Hosanna » - c'est-à-dire Dieu sauve !- sont autant de signes de la restauration d’Israël, ce Yeshoua de Nazareth n’est-il pas de la lignée de David ?
Et voici que tout bascule : devant les disciples et la foule ébahis lui, le doux va faire preuve d’une rare violence à l’encontre des marchands du temple, et surtout dans un discours incendiaire va maudire les scribes et pharisiens. Alors qu’il devait rassembler, catalyser les énergies, regrouper toutes les tendances pour abattre le pouvoir corrompu et surtout chasser l’occupant romain, il se comporte objectivement en diviseur, on dit même qu’il blasphème. Ce faisant il scelle son sort. Attitude incompréhensible, il se laisse arrêter sans opposer la force, il va être en butte aux crachats aux insultes, aux quolibets à la flagellation aux humiliations. Suit une parodie de procès. Et il laisse faire, pas de défense pas de sursaut d’indignation ou de malédiction à l’encontre de ceux qui vont le condamner. Il laisse faire. Où est-il, le meneur d’hommes ? Et tous ceux qui jusqu’alors l’ont suivi ne comprennent plus rien à rien. Alors, ils sont en proie au découragement, à l’amère déception. Encore un coup pour rien en quelque sorte et leur profonde désillusion leur fait crier : « Sauvez Bar Abbas ».
Foule versatile, à notre image…
Puis c’est le champ du crâne, à coté d’un dépôt d’ordures, les bois de justice vont y être dressés, dérisoire justice, trois croix, deux larrons et celui que par dérision on appelle le «  Roi des Juifs ».
Cette mort sur la croix, ce point final va constituer pour ces hommes et ces femmes un obstacle quasi insurmontable pour demeurer fidèles à sa cause ou même fonder quelque espérance nouvelle sur l’avenir de cette cause.

Les chances de perpétuer le mouvement, d’un point de vue historique sont bien minces voire nulles après la mort du Maître dans un tel contexte. La croix n’est pas seulement un échec personnel mais encore une véritable catastrophe publique et religieuse.

Et voici l’effraction de la vie, la pierre déplacée, le tombeau vide, le suaire roulé en boule. Ils n’y croient pas  leurs yeux, leur Rabbi, leur Maître, celui qui a expiré en poussant un grand cri, la soudaine pénombre  qui a enveloppé Jérusalem, alors même que le rideau du Temple se déchirait, leur Rabbi, leur Maître est là, vivant, bien vivant au milieu d’eux alors qu’ils se sont enfermés à double tour par peur des représailles.

«  N’ayez pas peur, c’est bien moi. A dieu mon Père, rien n’est impossible. Je vous précède désormais, tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

L’inconcevable se réalise, la mort est vaincue, alors que vous pensiez que mon ministère était sans lendemain, que mes propos  viendraient à se dissiper, s’estomper jusqu’à disparaître, voila que je suis vivant, relevé d’entre les morts.

Cette apparition atteste que le Seigneur est vivant. Et Thomas va exprimer cette reconnaissance dans tous les sens du terme en proclamant : « Mon Seigneur et mon Dieu ».
Oui, je te désigne  comme le Maître de ma vie car tu es l’unique, béni soit ton Saint Nom. Tu as accompli les promesses, tu es le Messie de Dieu, l’oint du Seigneur. Et de même que nos pères en célébrant la Pâque faisaient  mémoire de la libération du joug de l’égyptien, de même en célébrant ta résurrection nous vivons et actualisons sans cesse notre libération du joug du péché.

 

II.                  L’ENVOI EN MISSION

 

Ils sont quelques uns à dire « nous avons vu le Seigneur », mais en revanche, il y a Thomas qui lui n’était pas là pour le voir tout comme nous. « Tant que je ne l’aurai pas vu, je ne croirai pas ! ».
Au moins lui, ne sera pas victime d’une hallucination collective ou encore d’une autosuggestion.
Tel est le défi que doit relever l’Eglise. Cette église envoyée en mission a les mains vides, elle n’a pas de preuve à asséner aux incroyants de démonstration incontournable, elle n’a rien d’autre que sa foi et sa parole si difficilement crédible. Pour annoncer la résurrection, elle n’a rien d’autre que ses affirmations  mais il y a un mais qui change tout depuis la Pentecôte : le souffle saint qui accompagne, intercède, convertit, défend, relève, fait reprendre courage, l’Esprit de Dieu qui permet quoiqu’il arrive de faire toutes choses nouvelles.

Dans ce cadre, la proclamation de l’Eglise n’a rien d’orgueilleuse ou de suffisante, c’est une communauté où il y a place pour les inquiets les sceptiques, les douteurs comme Thomas. C’est une communauté qui exprime sa foi dans une proximité fraternelle : Thomas est et reste de la famille. Sa place demeure toujours marquée comme le dit si bien la liturgie du baptême.

 

Cet évangile est une parole pleine de sens et d’actualité pour tous ceux – et ils sont nombreux- qui vivent dans la proximité quotidienne du monde de l’incroyance, que ce soit dans le milieu du travail ou dans le milieu familial : époux ou épouse d’un conjoint indifférent, parents d’enfants « non concernés ».
Toutes les actions de l’Eglise tournées vers l’extérieur d’elle-même trouvent leur raison d’être : communauté de foi mais où l’on ne se résigne pas à une foi qui met à l’abri de ceux qui sont également aimés de Dieu mais qui n’en n’ont pas conscience parce qu’ils ne l’ont pas rencontré.

Nous observons que les disciples ne convainquent pas Thomas, bien au contraire. La communication de l’Evangile n’a rien à voir avec l’action psychologique, la manipulation des consciences voire le lavage de cerveaux ou encor une action de force.
Le témoignage, comme la prédication restent pauvres et démunis, mais avec le secours de l’Esprit, ils font pressentir  à ceux qui le reçoivent la force du message. Le témoignage n’oblige pas, il accueille, il respecte, mais il affirme.
Celui qui fait le pas décisif ce n’est ni Thomas, ni les disciples ni l’autre, ni moi, mais le mystérieux visiteur, celui qui vient. Il revient tout exprès, le dimanche qui suit pour rencontrer son disciple incrédule. Et là nous sommes au cœur du mystère de cette rencontre qu’aucun des récits de la résurrection ne permet de percer complètement.
Thomas reprend les questions d’hier et d’aujourd’hui sur la nature physique du ressuscité. Mais force est de reconnaitre qu’il n’y a pas ici de réponse matérielle ou scientifique à cette question. Le récit ne décrit pas Thomas palpant les plaies du Christ ou son coté. La présence du Christ n’est pas de l’ordre du visuel.
D’où vient donc cet ébranlement soudain du doute tranquille de Thomas qui va lui faire franchir le pas :

«  Cesse d’être incrédule et deviens un homme de foi » (verset  27)

Jésus lui-même est venu à sa rencontre. Thomas pousse alors un cri étonnant :

«  Mon Seigneur et mon Dieu ! ».

Peut-être l’avons-nous trop entendu pour en mesurer toute l’audace dans la bouche de ce juif sceptique :

-           Mon Seigneur : Je te reconnais l’autorité impériale dont se prévaut César ;

-          Mon Dieu : ce nom sacré qu’aucun juif ne doit prononcer, je le reconnais comme ton identité.

Ce qui barrait la route à Thomas, c’était l’échec manifesté par la croix. Jésus avait tout raté avec cette fin en forme de condamnation sans appel ; or, voici cet échec dépassé voici que ce crucifié n’est pas un vaincu.

 

         EN MANIERE DE CONCLUSION

Tâchons d’être honnêtes jusqu’au bout.
Même s’il ne l’a pas touché, Thomas a vu. Tandis que nous, nous n’avons pas vu de la même manière que lui, en tous cas nous voyons par les yeux de Thomas.
Mais il y a un relais, et ce relais est d’importance, c’est l’Evangile. Un évangile écrit pour que vous croyiez que Jésus est le Christ et, qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.
C’est la conclusion de l’Evangile et elle vient au verset qui suit notre récit.
Elle est toutefois précédée d’un message direct à notre adresse, d’un message que Jean nous lance par-dessus l’épaule de Thomas :

« Bienheureux ceux qui sans avoir vu ont cru ».

Je crois vraiment que le plus important pour nous est de nous demander ce que dans quelques décennies l’histoire retiendra du témoignage que nous aurons rendu, nous les chrétiens d’aujourd’hui dans notre monde de scepticisme et de soupçon.

Ne soyons pas incrédules !
Devenons croyants !
Mon Seigneur et mon Dieu !

 

AMEN

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