Terre d’esclavage ou de refuge ?

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D’Egypte j’ai appelé mon fils   Matthieu 2,15

Les amateurs de récits sur l’enfance des héros trouveront dans cet épisode égyptien de la jeunesse de Jésus de quoi alimenter bien des spéculations. Après tout, l’Egypte n’est elle pas un pays de mythes et de mystères, un pays obnubilé par la vie après la mort, par la proximité des dieux et des hommes. Qu’est ce que le jeune Jésus a pu voir et entendre là ?

Et c’est vrai que pour ceux qui ont parcouru ces temples et ces tombeaux, la question se pose : tellement de nos images de l’au-delà nous viennent de là… Ce serait oublier que si nos représentations nous viennent de là,  elles sont passées, via la Renaissance en particulier,  par le monde gréco-romain bien plus que par la Bible, qui elle, ne nous dit rien du séjour de Marie et Joseph en Egypte…

 

Les exégètes, quant à eux, préfèreront se concentrer sur Osée 11, 1 dont la fuite en Egypte est une citation, établissant ainsi le lien entre Jésus et Israël. Peut être s’interrogeront-ils : comment l’évangéliste peut il transformer l’Egypte, pays de la captivité en terre d’asile ? A vrai dire, j’ignore la réponse à cette question.

 

Mais par cette ambivalence de l’Egypte, le récit de Noël rencontre pleinement la réalité de la migration. En effet, pour le migrant, la terre d’accueil a toujours ce double statut de havre de paix et d’espérance mais aussi de territoire plus ou moins hostile et dangereux… On ne quitte jamais son pays, ses racines, de gaieté de cœur. Ce n’est pas pour rien que cette année, la CIMADE nous invite à placer le thème de la migration au cœur de nos festivités de Noël. Oublier que l’évangile fait de Jésus un migrant, un réfugié, c’est oublier combien l’histoire de Noël loin d’être un conte pour enfant est l’histoire de notre condition humaine…

 

L’ambivalence de l’Egypte nous permet également de recevoir pour nous-mêmes cette prophétie de Noël… En effet, nous sommes chacun ce fils appelé d’Egypte lors de l’événement de Noël.

 

Peut-être les fêtes de Noël nous tombent elles dessus dans un moment de solitude ou de fragilité, dans une actualité morose ou une grande angoisse. Alors la joie affichée, la gaieté convenue vient alourdir encore nos fardeaux et nos chaînes. Noël nous trouve dans une Egypte,  terre d’esclavage et de souffrance. Alors, la  prophétie résonne comme une promesse : « D’Egypte j’ai appelé mon Fils ». Noël est là comme un message de lumière dans nos ténèbres.

Mais peut-être vivons-nous Noël comme un temps d’évasion, une fuite dans l’irréel, une trêve des confiseurs dans notre combat quotidien. Peut-être nous laissons-nous éblouir par ces guirlandes et ces bougies, saouler de champagne et de cadeaux,  au point de ne plus voir que du rêve et des paillettes. Noël nous trouve alors confortablement installés dans une terre d’illusoire refuge. La prophétie résonne alors comme un envoi : « D’Egypte, j’ai appelé mon fils. »                                                            Eric George

Publié dans Editoriaux

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