QUESTIONS A…UNE PREDICATRICE LAÏQUE

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Corinne, tu es entrée au Conseil Presbytéral (CP) en 1968, en a été élue vice-présidente en 1973, puis présidente en 1979, et ce jusqu’en 1991. Que t’inspire cette chronologie ?

 

A vrai dire, pas grand-chose ! Les souvenirs que je garde des CP concernent les personnes qui en faisaient partie, et surtout les difficultés que j’ai pu rencontrer en tant que présidente, et je ne peux ni ne veux citer ici aucun nom.

Je te rappelle que, pendant les mêmes périodes, j’ai été membre successivement du Conseil National, pendant 9 ans, puis du Conseil Régional pendant 9 ans.

J’ai beaucoup aimé ces deux instances où j’ai côtoyé des gens tout à fait remarquables. Le CN m’a permis d’avoir une vision globale de l’ERF, sur les plans structurel, spirituel, théologique. Au CR, j’ai découvert la diversité et les difficultés des églises de la région Nord Normandie, les problèmes entre paroisses et pasteurs, les affrontements parfois… C’était tout simplement passionnant.

Et puis j’ai eu l’immense chance de faire partie, avant et après la chute du mur en 1989, de l’ARM (Alliance Réformée Mondiale). Les visites que j’ai pu faire, alors, à des paroisses d’Allemagne de l’Est, Pologne, Hongrie, Roumanie m’ont laissé des souvenirs vraiment inoubliables.

A propos de souvenirs, ceux des cultes dominicaux que j’ai présidés de temps à autres à Evreux ou Vernon restent  également bien présents.

 

J’allais y venir, car j’ai découvert dans les archives du CP, que tes débuts  en chaire remontent au moins à juillet 1973 ! Ce qui explique que tu y sois très à l’aise ?

 

Suis-je tellement à l’aise que ça, je ne sais, mais j’ai suivi de multiples cours de formation (jusqu’à la gestuelle du prédicateur !) et il est certain que le fait d’être ou d’avoir été enseignante donne déjà beaucoup d’aisance. Même si cela me demande encore des efforts : pour éviter, par exemple, d’avoir les yeux fixés sur mes papiers pendant la prédication, je m’oblige, à défaut de l’apprendre par coeur, à relire mon texte à haute voix sept ou huit fois avant de le dire.

Ce que je sais par contre, c’est que préparer ce qui va être lu ou dit en quinze minutes me demande beaucoup de temps : temps de réflexion, de lectures, de recherches, d’écriture, de relecture... Je suis heureusement prévenue plusieurs semaines à l’avance.

Le sujet de la prédication vient le plus souvent d’une lecture, ou d’une conversation, le plus difficile étant de choisir un texte biblique (celui du jour m’inspire rarement). Puis viennent le temps des recherches pour étayer le raisonnement, rendre le texte cohérent, en déterminer la conclusion, puis de l’écriture et des corrections.

 

Je suppose que tu t’appuies pour ce travail sur une théologie personnelle bien précise. Peux-tu nous en parler ?

 

On ne peut prétendre « avoir la foi, mais seulement espérer la recevoir à nouveau chaque matin. » (Karl Barth)

Je me situe dans le courant dit « libéral », mais ma petite théologie personnelle n’a cessé d’évoluer, et les pasteurs de cette même tendance que nous avons connus à Evreux, Lapert, Houziaux, Pernot… n’y sont pas étrangers. Je suis plus dans le registre de la recherche que dans celui de la conviction et fais mien cet aphorisme : « j’aime qui cherche la vérité, et fuis qui l’a trouvée ». J’essaie toujours dans mes prédications de laisser toutes les portes grandes ouvertes. Mes auditeurs ressentent-ils tout cela ?

 

Je crois que certains textes des Evangiles sont avant tout des images ou des métaphores, mais je voudrais  surtout ne choquer personne. Je considère en effet que toutes les façons de voir valent les miennes et, bien plus, qu’elles me sont nécessaires parce qu’elles nourrissent ma réflexion

Pour illustrer ma vision des choses, je te donne un exemple : quand je lis un texte biblique relatant la rencontre du Christ ressuscité et des disciples, j’y vois d’abord une construction littéraire et théologique, dont la véracité historique a peu d’importance, mais qui m’affirme que Jésus est toujours présent.

 

J’espère que je garderai jusqu’à la fin de ma vie ce besoin de rechercher la Vérité.

Avant, peut-être, de la trouver enfin ?

                                                                          Entretien avec André Pelcé

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