QUESTIONS A… UNE PAROISSIENNE EN DETRESSE

Publié le par André Pelcé

Marie Irène, peux-tu nous parler du parcours qui t’a conduit de Côte d’Ivoire à Evreux ?

 

Je suis née d’un père polygame (4 épouses, 21 enfants !), dans une société dont les traditions ne donnent aucun droit à la femme, si ce n’est celui d’obéir. Excisée à 7 ans, j’ai été «donnée» à 14 ans à un homme de 20 ans mon aîné, déjà marié une fois (avec 5 enfants). Cet homme s’est révélé très violent et a vite fait de moi sa bonne à tout faire, puis son esclave Officier supérieur, il a été nommé à l’ambassade ivoirienne de Brasilia en 2004. J’ai du l’y rejoindre avec mes 4 enfants (nés entre 1991 et 2002) suivis un peu plus tard par ses 5 premiers enfants. Ma vie est alors devenue un enfer car, déjà seule domestique de la maison, sans aucune possibilité d’en sortir, j’étais souvent battue (parfois jusqu’à l’évanouissement) et toujours humiliée, même par ses aînés. Mon seul refuge a alors été la prière, qui a toujours soutenu mon espoir d’une autre vie. Mon mari, devant rejoindre Abidjan en juillet 2008, a décidé d’envoyer nos enfants faire leurs études en France, aux bons soins de sa famille qui y réside. J’ai alors saisi la seule opportunité qui se soit offerte à moi de le fuir, en lui arrachant l’autorisation de les y accompagner pour veiller à leur installation. C’est ainsi que je me suis retrouvée, avec 3 enfants (l’aîné, ayant, son bac en poche, rejoint l’université de Clermont-Ferrand) chez une cousine à Vernon sans autre titre de séjour qu’un visa de 3 mois et sans aucune ressource. L’appartement de ma cousine étant assez vaste, nous avons pu y vivre sans grand problème pendant l’année scolaire, les démarches que j’ai pu faire auprès d’associations et des services sociaux m’ayant permis d’assurer l’approvisionnement en nourriture, mais pas, malheureusement, de régulariser ma situation. Pour cette dernière raison, mais aussi parce que ma cousine a été victime d’un AVC, j’ai accepté la suggestion d’une de mes sœurs de venir m’installer chez elle à Evreux en août 2009.

 

Quelle est aujourd’hui ta situation ?

 

Elle s’est très vite dégradée. Ma sœur, vivant en couple, avec une fille de 17 ans, habitait alors un F3, de sorte que nous dormions à 4 dans une chambre, sur des matelas. Elle a pu obtenir assez rapidement un F4 nettement plus spacieux, mais les heurts de plus en plus nombreux avec elle et son conjoint, mais aussi entre elle et sa fille, qui me soutenait, l’ont amenée à nous fermer sa porte fin décembre. Les enfants alors en vacances ont été hébergés par ma famille dans la région parisienne, et moi-même par une association à Evreux, pendant une dizaine de jours. C’est un de nos frères aînés qui a ordonné à ma sœur de nous re-héberger. Elle le fait par contrainte, ce qui ne peut durer. Aujourd’hui elle me reproche de ne rien lui verser, m’interdit sa cuisine, me somme de partir, menace de me fermer sa porte. La cohabitation est devenue totalement invivable. Je téléphone depuis plusieurs semaines plusieurs fois par jour au 115 qui ne me propose rien, sans doute parce que je ne suis pas vraiment à la rue. Dernier avatar, je me suis fait voler mon sac à main, voici quelques semaines, avec plusieurs papiers et surtout mon passeport.

 

Comment espères-tu sortir de cette impasse ?

 

J’ai plusieurs rendez-vous importants (mairie, France Terre d’Asile à Rouen), mais c’est pour plus tard. J’ai envisagé de retourner en Côte d’Ivoire avec Manuela (9 ans) dès la fin juin, mais comment y échapper à la fureur de mon mari, et qui s’occupera des plus grands ? La famille de mon mari me tourne le dos, et la mienne a très peu de moyens C’est ma foi qui m’a permis de supporter toutes ces épreuves, et je mets mon espérance avant tout en Dieu. Je suis sûre qu’Il m’exaucera et qu’Il me montrera comment trouver une issue. Mais je suis quand même très angoissée. Si je pouvais seulement trouver quelques petits travaux, quelques heures de ménage ici et là par exemple, cela me dépannerait beaucoup. Même une simple promesse d’embauche m’aiderait sans doute à obtenir un titre de séjour. L’idéal serait pour moi de trouver une personne vivant seule dans une maison assez grande et à qui je pourrais rendre de gros services en échange d’un hébergement. Est-ce raisonnable de l’espérer ?

(Entretien avec André ¨Pelcé)

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