EDITORIAL

Publié le par Eric George

C'est un passage obligé de cette période de rentrée : les souvenirs de vacances. Pour moi, comme souvent ce sont des souvenirs de promenades en montagne et des réflexions qui accompagnent ces promenades. La marche est une activité idéale pour laisser le cerveau vagabonder et la montagne est un lieu idéal pour faire de la théologie, le Sinaï, le Carmel et l'Horeb en témoignent...

En cette période de rentrée, je voudrai vous livrer deux petites réflexions montagnardes sur le sommet et la mémoire.

 

L'invisible sommet

En montagne, on ne voit pas beaucoup le sommet et quand on le voit c'est souvent mauvais signe. À part dans les derniers 100 mètres, quand le sommet est visible, c'est qu'on en est encore loin. Il en va un peu de même dans notre foi. Que nous fassions de la théologie, que nous étudiions la Bible, que nous essayions simplement de réfléchir à notre vie de chrétien, d'engagements et de prière, il nous faut bien reconnaître que nous ne voyons pas beaucoup Dieu, que nous avançons sans voir le but de notre marche. Nous ne devrions pas nous en plaindre. Quand on "voit" Dieu, quand on a de Lui, une image très arrêtée, une idée très précise, c'est qu'on est encore très loin de Lui, sans doute prisonnier d'une idole, d'une image taillée. Voir Dieu, c'est bien souvent L'inventer en Le créant à notre image. Alors oui, la lecture de la Bible, le partage en communauté, la prière nous font perdre cette image de vue. Mais cela signifie que nous avançons.

 

La mémoire

Parce qu'elle s'est retournée sur son passé, la femme de Loth s'est transformée en statue de sel.  "Souviens-toi" lance Dieu à son peuple. C'est vrai que la mémoire peut nous scléroser, quand nous pleurons sur notre âge d'or, quand nous nous enfermons dans notre passé. Mais la mémoire peut être vivifiante aussi. Je ne suis pas sûr qu'elle nous évite tant que cela de recommencer les mêmes erreurs. Pendant une montée en montagne, vous vous retournez et regardez vers le bas. Ce n'est pas pour pleurer le refuge ou le parking que vous avez quitté (enfin, peut être que si, si vous avez 12 ans et que vos parents vous ont traîné de force dans cette promenade). Regarder vers le bas, c'est d'abord profiter du paysage. Et la mémoire a cette dimension "esthétique" : c'est beau une vie, pas une vue idéalisée mais bien une vie réelle avec tous ses  méandres, avec ses triomphes et ses échecs, avec ses douceurs et ses douleurs. La mémoire est belle et bonne quand elle ne nous conduit pas à nous focaliser sur un prétendu âge d'or mais quand elle nous permet d'embrasser tout le cours de notre vie.

Revenons à notre ascension, vous ressentez le "coup de pompe", vous en avez plein les pattes et ce fichu sommet continue à vous narguer, au loin, très loin toujours si loin. Vous n'en pouvez plus et vous avez l'impression de ne pas avancer. Et vous vous retournez et le chemin  parcouru vous saute aux yeux. Déjà tout ça ! Faire mémoire, ce n'est pas s'enfermer dans le passé, mais voir le chemin parcouru, prendre conscience que même quand nous avons l'impression de faire du sur place, nous avançons. Alors la mémoire devient vivifiante et nous met en marche !

Eric GEORGE.

Publié dans Editoriaux

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