Des charbons ardents sur sa tête

Publié le par Eric George

goldorak1.jpgPrédication du 7 mars 2010

Proverbes XXV, 21-22

Luc VI, 27 à 38

Romains XII, 9 à 21

 

Soyez vainqueurs du mal par le bien. La victoire contre le mal par le bien me parle beaucoup. Forcément, mon enfance a été nourrie (entre autre) par Goldorak. Pour les plus jeunes parmi nous, vous demanderez à vos parents de vous raconter. Et dans chaque épisode de Goldorak, on assistait à la victoire contre le mal par le bien. Le mal étai représenté par un robot géant monstrueux et surarmé. Le bien lui était représenté par un robot géant, monstrueux et surarmé. En fait, on savait qu'il représentait le bien parce que 'est lui qui gagnait à la fin. J'ai l'air de plaisanter, mais il n'y pas si longtemps (c'est plus récent que Goldorak, en tout cas), on a eu l'audace de présenter une guerre comme la victoire du bien sur l'axe du mal. Et je crois que la tentation reste forte pour chacun de nous de lire la victoire du bien sur le mal comme le fait de triompher de nos ennemis. Or, Paul ouvre, ou plutôt rappelle, un autre chemin de victoire.

 

Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger; s'il a soif, donne-lui à boire; car en agissant ainsi, ce sont des charbons ardents que tu amasseras sur sa tête.  Chose amusante : je suis sûr qu'aujourd'hui nous sommes plus surpris voire choqué par la conclusion du proverbe "ce sont des charbons ardents sur sa tête" que par l'ordre qui nous est donné. Cette surprise est plutôt une bonne chose puisqu'elle montre à quel point l'idée de faire du bien à nos ennemis est, en tout cas théoriquement entré dans nos esprits.

Alors puisque nous associons étroitement l'idée de faire du bien à notre ennemi à notre foi chrétienne, sans doute est-il inutile de nous étendre longuement dessus. Signalons juste que le proverbe original nous enjoints de donner du pain et de l’eau à notre ennemi. On pourrait s’en sentir soulager : pas question de lui préparer un festin ni de lui ouvrir nos meilleures bouteilles. Mais plus sérieusement cela nous exhorte à essayer de comprendre la faim et la soif, le besoin réel de ceux qui nous font du mal, qui nous haïssent.

Ce commandement, allons et mettons-le en pratique. Ne nous contentons pas de prier pour nos ennemis, de ne pas leur rendre coup pour coup, mais donnons leur l'eau et le pain dont ils ont besoin. Et si nous ne trouvons pas en nous la force de le faire, prions pour la recevoir. Je ne dirai rien d'autre de peur d'obscurcir un commandement qui me paraît très clair.

 

"Ce sont des charbons ardents que tu amasses sur sa tête" Je vois trois lectures possibles de cette sentence, trois victoires du mal par le bien.

         Commençons par la plus évidente : en faisant du bien à ton ennemi, tu aggraveras le mal qu'il te fait, aussi gare à lui au moment des comptes ! Bien sûr, notre sang de chrétien se fige d'épouvante lorsque nous entendons cela : faire du bien à quelqu'un dans le but de lui nuire ? Quelle horreur !

Pourtant, cela nous arrive peut-être plus souvent que nous le croyons. En effet, il nous arrive de faire du bien à quelqu'un qui nous nuit, juste pour montrer, aux yeux des autres, à ses yeux, à nos propres yeux que nous ne nous abaissons pas à son niveau que nous valons mieux que lui. Alors, le bien que nous faisons à notre ennemi n'est rien d'autre qu'une arme visant à le combattre.

         Pourtant avant de dénigrer cette vision barbare qui nous pousse à faire du bien une arme pour détruire, ou du moins réduire l'autre, imaginons un peu ce que serait un monde où chrétiens et juifs appliqueraient ce précepte, ferait du bien  leurs ennemis. Même si c'était pour de mauvaises raisons, pour nuire à ces ennemis, pour les diminuer, notre monde ne se porterait-il pas mieux ? Le monde ne se porterait-il pas mieux si nous laissions à Dieu la vengeance contre nos ennemis ? Je crois que si.

 

         La deuxième lecture de ce texte est sans doute plus conforme à notre chrétiennement correct, il s’agit de voir les charbons non pas comme l’expression d’un châtiment mais comme une écharde dans la chair, comme le remord. Donne à ton ennemi ce dont il a besoin alors, il reconnaîtra le mal qu’il te fait et il sera rongé par le remord. Le proverbe devient alors bien plus conforme à l’enseignement de Jésus, le Christ et il vient s’inscrire au milieu de toutes les stratégies non violentes, ces stratégies qui visent à transformer l’ennemi pour l’empêcher de nuire sans chercher à le détruire.

         A côté des stratégies de non-violence, cette lecture m’évoque aussi un peu le syndrome de Stockholm qui pousse des otages à prendre parti pour leurs ravisseurs. En effet, ce syndrome est sans doute un réflexe de survie, si je m’attire la sympathie de celui qui me fait du mal, il s’arrêtera de me faire du mal.

         Je ne cite pas le syndrome de Stockholm pour dévaloriser les techniques de non-violence, bien au contraire. Je le cite parce qu’il montre que la stratégie de la sympathie, du bien pour le mal n’est pas une folie, un idéalisme est une stratégie qui peut être efficace pour lutter contre l’hostilité. Du reste, dans notre vie quotidienne, il nous arrive régulièrement de déployer de petites attentions afin d’arrondir les angles, afin d’éviter ou d’apaiser le conflit.

         Transformer l’ennemi en ami, est certainement une magnifique manière de voir le bien triompher du mal. Cependant, nous restons dans la stratégie, dans la tactique et j’avoue avoir du mal à associer l’idée de stratégie à celle d’amour…

 

         Reste la troisième lecture pour laquelle il nous faut entendre le proverbe original   Si ton ennemi a faim, donne–lui à manger du pain ; s’il a soif, donne–lui à boire de l’eau.  Car ce sont des braises que tu amasses sur sa tête, et le SEIGNEUR te le rendra.

Le Seigneur te le rendra. Premier constat : le texte ne nous donne pas comme conséquence « alors ton ennemi deviendra ton ennemi ». La Bible ne nous met pas dans l’univers merveilleux des séries américaines ou tout finit toujours par s’arranger. La stratégie de la non violence n’est pas toujours efficace, ne t’attends pas forcément à ce que ce soit lui qui te rende le bien que tu lui auras fait mais Dieu, lui te le rendra.

Voilà que Dieu s’immisce dans cette relation de haine ou d’hostilité qui s’est tissée entre mon ennemi et moi. Et cette intervention de Dieu nous invite à regarder autrement les charbons ardents dont il est question. Spontanément, nous les associons au brasero des tortionnaires mais c’est oublier que dans la Bible, ces charbons ardents se trouvent surtout dans le temple comme ustensiles religieux. Ce sont ces charbons ardents sur lesquels on brûle les parfums offerts à Dieu. En effet, dans la Bible le feu est moins un instrument de torture que de purification.

Eh bien, si c’était cela, amasser des charbons ardents sur la tête de notre ennemi : s’il s’agissait de le rendre à Dieu. C'est-à-dire de sortir de la relation empoisonnée que nous avons avec celui qui nous hait ou qui nous fait du mal pour amorcer une relation nouvelle, celle que Dieu nous appelle à avoir avec nos frères et nos sœurs.

Et cette relation nouvelle est une libération. Tant que je rends coup pour coup à mon ennemi, tant que je lui résiste, je suis captif de son hostilité. Peut-être, le fait de lui rendre ses coups me défoulera-t-il sur le moment, mais cela me délivrera-t-il, cela me fera-t-il me sentir mieux ? Je ne crois pas.

En revanche, lorsque je ne el vois plus comme celui ou celle qui me hait, qui me fait du mal mais comme le frère ou la sœur que Dieu me donne à aimer, je suis véritablement libéré du mal que j’ai subit. Alors la victoire du bien sur le mal est parfaite.

 

Alors, frères et sœurs, rendons grâce à notre Dieu qui, pour nous, déchire les liens du conflit. Et prions le de nous donner de vivre de cette liberté qu’il nous donne. Prions pour qu’il nous donne de voir même ceux qui nous font du mal comme des frères et des sœurs au secours desquels nous pouvons nous porter. Prions pour qu’il nous donne de comprendre quelle soif ou quelle faim poussent nos ennemis à nous nuire. Prions pour qu’il nous fasse sortir des spirales de violence et de conflits. Prions pour qu’il nous donne l’assurance de la victoire du bien sur le mal, une victoire qui n’anéantit personne mais qui est la vie pour tous.

 

Amen

Publié dans Prédications

Commenter cet article