Carton d'invitation

Publié le par Eric George

Prédication du dimanche 21 novembre 2010

Luc XIV, 15 à 24



Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée d'étudier la parabole des invités à la noce avec des enfants et des jeunes. En effet, à votre âge, quand on est invité à une fête, c'est super et on y va. Non ?

Du coup, cette histoire d'adultes qui sont invités à une fête et qui refusent de s' y rendre, ressemble pour vous à de la science fiction. Alors, pour vous convaincre que Jésus parle bien d'un comportement qui existe, je vous propose d'écouter un petit morceau d'une chanson d'aujourd'hui.



Extrait de Le dîner de Bénabar

On s'en fout, on n'y va pas, on n'a qu'à se cacher sous les draps, on commandera des pizzas, toi la télé et moi, on appelle, on s'excuse, on improvise, on trouve quelque chose, on n'a qu'à dire à tes amis qu'on les aime pas et puis tant pis.



Dans Le dîner, Benabar évoque une attitude ou au moins une tentation que tous les adultes ici, ont vécu, au moins, une fois.

Eh oui, il arrive, pas si rarement que ça, qu'on ait pas envie d'aller à une invitation.

Et je ne parle pas des invitations officielles ou qui nous sont parfois adressées par des gens qu’on n’a pas plus envie que ça de voir. Non, je parle des invitations qui nous sont adressées par des gens que l’on aime, que l’on serait contents de voir et auxquelles on répond pourtant par la négative.

Bien sûr, comme les invités de la parabole, nous avons toujours d’excellentes raisons : notre travail, notre famille, nos affaires. Mais, en fait, la vraie raison, c’est nous-même. Notre vraie réponse c’est alors « J’aimerais bien mais je n’ai pas envie ». En tout les cas, c’est la réponse que nous donnons à ce Royaume de Dieu qui se présente comme une invitation.

Et c’est par ce refus des invités que nous pouvons le mieux comprendre ce que ça veut dire que présenter le Royaume de Dieu comme une invitation.



Une invitation, ça nous oblige à sortir de chez nous, à nous arracher du confort douillet de notre couette, à notre canapé, à notre télévision ou à notre console de jeu. Une invitation, ça nous bouscule dans nos habitudes.

Et le Royaume de Dieu, c’est d’abord cela. Ce n’est pas une promesse pour après la mort, (il faut tout de suite arrêter d’entendre le Royaume de Dieu comme le paradis) mais un appel à vivre différemment, à transformer nos manière de voir et d’agir, à sortir de nous-même pour aller vers l’autre.

Une invitation, c’est aussi une exigence. On dit souvent « si c’est une invitation, ce n’est pas obligatoire ». C’est vrai qu’une invitation, ce n’est pas un ordre mais ce n’est pas non plus un « venez-si-le-cœur-vous-en-dit ». Une vraie invitation, ça demande une réponse et, de préférence une réponse positive. Si vous invitez quelqu’un, c’est parce que vous avez envie qu’il vienne. Inviter quelqu’un parce qu’on y est forcé, en espérant qu’il ne viendra pas, ou en se moquant de savoir s’il viendra ou non, ce n’est pas une invitation, c’est un faire-part.

Donc en nous disant que le Royaume de Dieu est une invitation, Jésus nous dit que Dieu a envie que l’on vienne, que chacun de nous participe à cette vie nouvelle.



Et c’est la deuxième partie de la parabole qui nous dit cela. Si la première partie nous parle du refus des invités, de notre refus de bousculer notre vie pour répondre à l’appel de Dieu, la deuxième partie nous montre un Dieu qui veut que sa salle de fête soit pleine, qui le veut à tel point qu’il va envoyer chercher à tous les coins de rues celles et ceux qu’on invite jamais, celles et ceux que personne ne voudrait voir à une fête.

Généralement, quand on se représente le Royaume de Dieu on le voit très loin, inaccessible, un club très fermé où seule l’élite pourrait entrer et voilà que la parabole nous parle d’une invitation lancée à la ronde. Mieux que ça, elle nous parle d’irrecevables que l’on oblige à venir.



En fait, c’est là, la différence entre ces deux vagues d’invités. Les premiers sont les gens biens, ceux pour qui cette invitation est tout à fait normale, pour les seconds, l’invitation est extraordinaire et pour tout dire inespérée.

J’ai parlé tout à l’heure de ces invitations que nous refusions alors même qu’elles viennent de gens que nous aimons et que nous avons plaisir à voir. Quand nous refusons ces invitations, c’est que nous pensons bien avoir d’autres occasions de rencontrer ceux qui nous invitent et que du coup, nous ne faisons pas de ces temps partagés une priorité.



Quels invités sommes-nous ? Nous sommes parfois ces gens biens qui reçoivent un carton d’invitation et qui nous disons « si je n’ai rien de mieux à faire, peut-être que j’irais. Et là, la parabole nous dit cette fête dont nous nous privons nous-mêmes. « Aucun de ceux qui avaient «été invités ne goûtera de mon dîner ».

Mais parfois, nous sommes au bord du chemin, persuadé d’être indésirables, trop petits, trop malades, trop inutiles pour que quiconque veuille de nous et voilà que cette parabole nous relève, voilà qu’elle nous apprend que Dieu veut nous voir à sa table, que pour nous faire venir, il a dépêché ses serviteurs, que c’est pour nous qu’il a tout préparé et qu’il n’est pas question que rien ne se perdent.



Frères et sœurs, une invitation incroyable nous est adressée, une fête inoubliable nous est ouverte, une joie immense nous est proposée. Comment pourrions nous lui préferer le petit confort de notre égoïsme et de notre solitude ?

Publié dans Prédications

Commenter cet article