Calendrier de l'Avent : Témoins de Noël (13)

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nativite-vitrail-10.jpgC’est ce qui s’appelle fêter Noël : ne s’inquiéter de rien.

 

S’inquiéter, se faire du soucis, c’est se prendre tellement au sérieux que l’on se croit capable et obligé de résoudre par ses propres moyens les grandes et graves questions de l’existence, de charger nos épaules, comme Atla, des gros et petits fardeaux de la vie, de les manutentionner, de les maîtriser et de les éliminer. Remarquez que le souci a beaucoup de points communs avec la solennité. Se faire du soucis, c’est prendre des airs solennels et quand on prend des airs solennels, c’est généralement l’indice d’un arrière fond de soucis.

Des fardeaux et des soucis, oui certes, notre vie n’en manque pas. Nous voudrions tant être heureux, probablement parce que tous, d’une manière ou d’une autre, nous sommes malheureux. C’est un de nos problèmes. En voici un autre : quelle est la tâche de toute notre vie, la mienne et la tienne ? Sommes nous à sa hauteur ? Ou encore : de quoi fais-je figure dans mon milieu ? Est-ce qu’on tient compte de moi ? Mes semblables reconnaissent-ils mon dû ? Et moi-même, quel est mon comportement envers tel ou tel de mes semblables ? Est-ce que j’arrive à le supporter, ou comment puis-je lui être de quelque secours ? D’une façon générale, être homme, qu’est ce ? Est-ce supportable ? Etre un homme, cela a-t-il un sens ? Et enfin qu’en est il du salut ou du malheur éternel de l’homme.

Or voici que face à toutes ces questions, y compris la dernière, il nous est dit : Ne vous inquiétez de rien (Philippiens 4, 5-6). Voilà la grande dispense. Elle ne veut pas dire que ce ne sont pas de vraies et graves questions, mais que nous sommes libérés de leur trouver nous-même la solution. Ce n’est nullement ton affaire, nous est-il dit, de te procurer toi-même ton bonheur, de te fixer la tâche de ta vie et moins encore de décider si tu t’en acquittes comme il faut ou non. Laisse tout cela ! Cesse de te faire des idées sur laes limites de ton travail et sur sa qualité. En outre concernant ton semblable, tu n’as pas à te demander si tu en viendras à bout, qu’il s’agisse de le critiquer ou de le défendre. Enfin, de savoir si le fait d’être homme a un sens, ce n’est pas ton affaire, et moins encore d’atteindre ton salut ou ton malheur éternel

Ne vous inquiétez de rien ! En d’autre termes : cesser le travail, dételer, respirer, enfin se reposer, être définitivement en vacances.

Quel rapport cela peut bien avoir avec Noël ? Un rapport très étroit et très direct. Car si cette célébration consiste vraiment à ne pas s’inquiéter, elle est exactement ce qui nous est permis et offert par le message de la Parole. Ah ! Si ce n’était pas la détente de Noël, ça pourrait être une bien vilaine affaire. Peut-être un méchant et fol aveuglement devant le sérieux et la gravité de la vie, le fait d’une frivolité coupable, d’une farce existentialiste ou d’un scepticisme désabusé et irresponsable. Dieu nous garde de semblables vacances qui ne sont qu’une variante de l’inquiétude qui ne compte que sur soi. De cela aussi nous sommes dispensés. L’invitation à la vraie détente, laquelle ignore l’inquiétude, vient de ce que le Seigneur est proche. Le Seigneur qui, étant homme comme nous, a par sa vie et sa mort, manifesté son amour et a réconcilié le monde avec lui. Le Seigneur qui s’est chargé de tous nos problèmes et de tous nos fardeaux et les a emportés afin que nous vivions par lui, avec lui et en lui.

 

K. Barth Décembre 1957 in Aux captifs la liberté

Publié dans Abécédaire de Noël

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