Autel de passe

Publié le par Eric George

Prédication du dimanche 4 juillet 2010

Exode XX 22-26

Romains VIII, 35

Matthieu VI, 5



C'est un texte qui nous parait sans doute anecdotique, juste après le célébrissime passage du décalogue… Un texte en tout cas, qui ne nous concerne pas beaucoup aujourd'hui, surtout nous autres, protestants qui avons abandonnés toute idée d'autel et de sacrifice à offrir à Dieu.

Que pourrions-nous bien faire d'un texte qui nous dit comment construire un autel ? Peut-être le garder comme un document archéologique, souvenir d'un judaïsme primitif (au sens de premier)… Mais à part ça…

Pourtant, je voudrais que nous entendions d'abord la logique générale de ce passage qui résume tout le culte rendu à Dieu et puis, que nous nous interrogions sur les autels que nous-mêmes nous nous construisons.



C'est des cieux que je vous ai parlé, tu me feras un autel de terre en tout lieu où je ferais rappeler mon nom.

Dieu nous parle du haut des cieux. A la différence des idoles de cette époque, Dieu ne parle pas à partir du lieu qu'on lui a donné, de la statue qu'on lui a bâtie. Il n'a pas besoin d'un lieu de transition géographique pour s'adresser à son peuple. Il y a là une affirmation de la liberté de Dieu qui ne s'assujettit pas à une religiosité humaine à des fabricants d'idoles. Et si Dieu reste libre, c'est pour que nous soyons libres. En effet, puisque Dieu parle du haut des cieux, nul ne sera privé de sa présence parce qu'on lui aurait interdit l'accès à son temples, parce qu'on l'aurait privé de ses statues. Dans l'antiquité, il est courant d'abattre des temples, de dérober des statues pour couper un peuple de ses dieux… Mais il est impossible de séparer le peuple de son Dieu qui l'a fait sortir de l'esclavage. Nul ne peut nous séparer de l'amour de notre Dieu.

Et cela est réaffirmé dans la deuxième partie de l'affirmation : le Dieu qui nous parle du haut du ciel, en toute liberté, nous accorde de pouvoir nous présenter à lui, d'avoir des lieux sur notre terre où nous adresser à lui. Si Dieu parle du ciel, l'homme peut lui construire des autels « en tout lieu où je ferai rappeler mon nom » précise Dieu. C'est bien affirmer que ces autels peuvent être établis n'importe où, à l'initiative de Dieu. Si Dieu le décide ainsi, son peuple peut le rencontrer au plus haut d'une montagne, sur une terre étrangère, dans une prison, dans une décharge même.

Il n'y a pas de lieux dont Dieu serait prisonnier, il n'y a pas de lieux qui lui seraient interdits. Pour certains parmi nous, cela paraît une évidence mais, n'avons-nous pas des lieux, des situations où nous n'osons pas faire appel à Dieu, où nous aurions l'impression de manquer de respect, où nous nous sentons coupé de Dieu. Prenons-nous au sérieux la liberté de Dieu qui est la nôtre : nous sentons-nous si libre que cela de nous laisser rejoindre par notre Dieu, n'importe où ?



Dieu à l'opposé des idoles, Dieu qui nous parle, Dieu qui nous rejoint. Ce texte est bien porteur du message biblique, il n'est pas qu'un document archéologique.

Mais tout de même, nous ne construisons plus d'autel. La preuve, ici c'est bien une table de communion que nous avons et nous reprendrions immédiatement toute personne qui commettrait la grave erreur de parler d'autel. Mais laissons là le mobilier. Ne construisons-nous vraiment plus d'autel ? Ne prétendons-nous vraiment jamais nous tourner vers notre Dieu ? Ne prétendons nous jamais lui offrir le fruit du travail de nos mains, les élans de notre cœur ? Même le plus acharné des défenseurs du Sola Gratia, de la grâce seule, même le partisan le plus intégriste d'une vision pessimiste de l'être humain ne saurait le nier. S'élever lui-même vers son Dieu, bâtir des autels donc est une disposition naturelle à l'homme. Et, ici, Dieu fait droit à ce désir. C'est très beau : Dieu tient compte de nos désirs.

Mais en y posant des règles.

Tout d'abord, on vient de le voir : l'initiative reste à Dieu. Ce n'est pas l'homme qui décide de construire un autel puis qui le construit, le taille et le martèle avant que Dieu puisse y venir. Le texte est très clair : interdiction formelle de tailler les pierres de l'autel. Pourquoi ? Pourquoi ne pas attendre que l'autel soit fini pour le consacrer à Dieu et à partir de là et seulement à partir de là, il est sacrilège d'y toucher ? Ce serait tellement plus pratique...Mais il s'agit précisément de se rappeler que l'initiative revient à Dieu, et que là où il fait connaître son nom, l'autel et déjà là.

Et cette initiative qui revient à Dieu implique bien plus que des histoires d'autel de terre ou de pierre

D'abord, il n'est pas prisonnier des autels que nous lui dressons, il n'est pas obligé d'être là où nous voudrions qu'il soit, là où nous voudrions le mettre. Dieu n'a pas à nous rendre des comptes de ce que nous prétendons faire pour lui. Dieu n'est pas responsable des horreurs commises en son nom. Et nous ne pouvons pas nous poser devant Dieu en disant « Voilà Seigneur, j'ai fait cela et cela pour toi, à toi d'agir pour moi. »

C'est l'enseignement que je perçois à travers la dernière règle relative aux autels : Tu ne monteras point à mon autel par des degrés, afin que ta nudité ne soit pas découverte. La règle est purement fonctionnelle, triviale même : gravir des marches vêtu d'une tunique, c'est exposer sa nudité. Mais je crois que l'on peut donner à cette règle un sens plus général : en effet, dans la Bible, la nudité de l'homme, c'est sa faiblesse. Lorsque nous essayons de nous élever vers Dieu, marche après marche, étape après étape, nous ne faisons que dévoiler notre faiblesse, notre incapacité à l'atteindre.



Frères et soeurs, tous nous essayons toujours de bâtir des autels réels ou symboliques, comme autant d'escabeaux vers Dieu. Et dans son amour, Dieu nous laisse faire. Mais rappelons nous toujours, que ces autels ne nous donnent aucun droit sur Dieu. C'est Dieu qui à l'initiative. C'est lui qui vient à nous.

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